Jeudi 26 juin 2008
Le temps de la naviguée j’ai tenté de communiquer avec Lorie, la plus ancienne comédienne de la troupe, mais elle était plutôt avare de parole et semblait prendre
de haut toutes les questions de politesses basiques que je lui adressais. Je n’ai pas insisté, d’autant que je commençais sérieusement à grelotter tout trempé que j’étais. Anatole Patamole
Balamole s’inquiéta subitement de mon état et ordonna à l’assemblée de me sécher sur le champ arguant qu’un spectateur toussotant allait déconcentrer le déroulement de sa pièce. Tous se mirent à
me souffler dessus bruyamment. Comme la méthode me semblait dérisoire, j’osa suggérer que des vêtement secs seraient plus efficace, mais Anatole lança un signe de dédain exaspéré. Lorsque que je
fit remarquer qu’ils feraient mieux d’économiser leur souffle pour le spectacle, il me lança un regard noir et me hurla au visage : « nous sommes des professionnels môssieur, il n’est pas
encore arrivé le jour où le vent manquera dans nos poumons, ça fait des années que nous portons nos voix de village en village et croyez-moi, les mots ne sont jamais sorti frêles de nos ventres,
les syllabes ont toujours cognés haut et fort aux oreilles des spectateurs, ce n’est certainement pas une petite séance de séchage qui va nous essouffler ! » J’ai du me résoudre à me
faire souffler dessus tout le trajet durant.
Sur la terre ferme j’étais plus trempé que jamais, Dorian l’éclairagiste-acteur-costumier de la troupe suggéra que la meilleure façon de me sécher était que je cours le plus vite possible. Anatole m’ordonna de courir et de courir très vite car en vingt ans de carrière jamais l’humidité d’un spectateur ne l’avait empêché de commencer à l’heure. Je m’exécuta et tourna en rond autour de la troupe pendant quinze bonnes minutes. Mélangé d’eau et de sueur j’étais encore plus trempé. « Qu’on lui installe un fauteuil au soleil » déclara Anatole Patamole Balamole. Tous levèrent les yeux au ciel et constatèrent que le temps ne serait pas clément quand à mon essorage. Dorian décida de me placer sous un projecteur et l’affaire fut réglée. J’allais devenir le spectateur le plus éclairé de toute l’histoire du théâtre ! Le spectacle commença. "Mesdames et messieur, tout de suite devant vous, "L'amour comme un chant de coquelicots piétinés par la peur" pièce en 64 actes en monosyllabes d'Anatole Patamole Balamole, votre humble serviteur". Que dire de la pièce ? Au delà de la chaleur accablante qui me douchait en continue, au delà de l’inconfort extrême dont je jouissais joyeusement, au delà de la solitude particulière qui m’empêchait de quitter mon siège discrètement, au delà de tout ça, je me demandais comment il était possible, même dans les conditions les meilleures de supporter ce flot ininterrompu de sonorités plates. Sans doute, mêlé à une véritable foule, accompagné de quelques amis, j’aurais pu en rire, mais là isolé au milieu des rangées de fauteuils vides, je déprimais. Cette petite dépression eu le mérite d’éloigner mon attention de la scène et mon esprit commença à vagabonder loin de tout ça.
Anatole Patamole Balamole sauta hors de la scène et se précipita vers moi en hurlant :
- Arrêtez tout ! Dorian noir ! Rideau ! Stop ! C’est un scandale ! En vingt ans de carrière je n’ai jamais vu un tel j’en foutre ! Comment osez-vous ?
- Heu… Pardon ?
- Vous n’écoutiez pas ! Ne faites pas l’innocent, j’ai bien vu que vous n’écoutiez pas !
- Excusez-moi oui, j’ai eu un petit moment de flottement…
- Un petit moment de flottement. Ça fait cinq minutes que vous avez cessé de suivre le déroulement du spectacle !
- Non non, à peine quelques secondes je vous assure, j’ai l’air un peu absent comme ça, mais j’étais très concentré.
- Menteur !
- Mais enfin…
- Allez-y, racontez-moi ce qu’il se passait avant que j’interrompes.
Il faudrait une maîtrise en langue n’importequoitesque pour pouvoir lire entre les lignes du charabia monosyllabique d’Anatole Patamole Balamole et je du me résigner à lui soutenir un silence poli.
- Je le savais ! Plouc ! Mufle ! Bâtard ! Imbécile ! Vous êtes la honte du spectatorat ! Honte sur vous, j’aurais du m’en douter en vous pêchant avec votre air de péon asthmatique, vos yeux globuleux d’arrogance, votre nez de poulpe circoncis, vos joues de cafard lunatique, vos sourcils de camion frigorifique, votre cou de lunette de chiotte, vos oreilles de plaine à sauterelle, vos cheveux de rhume des foins, vos épaules de… Haaaaaa ! Je perds mon temps, tout en vous transpire l’inculture ! Inutile de persister à instruire un porc de votre espèce.
- Je…
- Silence porcidé ! La culture ne daigne pas salir son ouïe au remugle nauséabond de ton langage préhistorique, retourne cogner des silex au fond de ta grotte erreur de la nature !
Inutile d’insister, du choc de nos vérités n’aboutirait pas l’amour. Ils plièrent bagages, démontèrent la scène et reprirent la route sans se retourner. Néanmoins, j’étais sec, le projecteur avait fait effet, j’avais soif, mais j’étais sec. J’étais de nouveau seul, mais cette fois-ci, j’étais à l’air libre et plusieurs possibilités de chemins s’offraient à moi. Restait à déterminer quel serait le chemin le plus court vers un café dans ce curieux pays. Une envie de Perrier tranche commençait à me narguer. En marchant un peu, je me retrouvais à un carrefour où cinq sentiers se croisaient. Il n’y avait aucune pancarte. Soudain, au lointain sur l’embranchement le plus à gauche, j’entendis un bruit de pas.
(à suivre…)
B+
Sur la terre ferme j’étais plus trempé que jamais, Dorian l’éclairagiste-acteur-costumier de la troupe suggéra que la meilleure façon de me sécher était que je cours le plus vite possible. Anatole m’ordonna de courir et de courir très vite car en vingt ans de carrière jamais l’humidité d’un spectateur ne l’avait empêché de commencer à l’heure. Je m’exécuta et tourna en rond autour de la troupe pendant quinze bonnes minutes. Mélangé d’eau et de sueur j’étais encore plus trempé. « Qu’on lui installe un fauteuil au soleil » déclara Anatole Patamole Balamole. Tous levèrent les yeux au ciel et constatèrent que le temps ne serait pas clément quand à mon essorage. Dorian décida de me placer sous un projecteur et l’affaire fut réglée. J’allais devenir le spectateur le plus éclairé de toute l’histoire du théâtre ! Le spectacle commença. "Mesdames et messieur, tout de suite devant vous, "L'amour comme un chant de coquelicots piétinés par la peur" pièce en 64 actes en monosyllabes d'Anatole Patamole Balamole, votre humble serviteur". Que dire de la pièce ? Au delà de la chaleur accablante qui me douchait en continue, au delà de l’inconfort extrême dont je jouissais joyeusement, au delà de la solitude particulière qui m’empêchait de quitter mon siège discrètement, au delà de tout ça, je me demandais comment il était possible, même dans les conditions les meilleures de supporter ce flot ininterrompu de sonorités plates. Sans doute, mêlé à une véritable foule, accompagné de quelques amis, j’aurais pu en rire, mais là isolé au milieu des rangées de fauteuils vides, je déprimais. Cette petite dépression eu le mérite d’éloigner mon attention de la scène et mon esprit commença à vagabonder loin de tout ça.
Anatole Patamole Balamole sauta hors de la scène et se précipita vers moi en hurlant :
- Arrêtez tout ! Dorian noir ! Rideau ! Stop ! C’est un scandale ! En vingt ans de carrière je n’ai jamais vu un tel j’en foutre ! Comment osez-vous ?
- Heu… Pardon ?
- Vous n’écoutiez pas ! Ne faites pas l’innocent, j’ai bien vu que vous n’écoutiez pas !
- Excusez-moi oui, j’ai eu un petit moment de flottement…
- Un petit moment de flottement. Ça fait cinq minutes que vous avez cessé de suivre le déroulement du spectacle !
- Non non, à peine quelques secondes je vous assure, j’ai l’air un peu absent comme ça, mais j’étais très concentré.
- Menteur !
- Mais enfin…
- Allez-y, racontez-moi ce qu’il se passait avant que j’interrompes.
Il faudrait une maîtrise en langue n’importequoitesque pour pouvoir lire entre les lignes du charabia monosyllabique d’Anatole Patamole Balamole et je du me résigner à lui soutenir un silence poli.
- Je le savais ! Plouc ! Mufle ! Bâtard ! Imbécile ! Vous êtes la honte du spectatorat ! Honte sur vous, j’aurais du m’en douter en vous pêchant avec votre air de péon asthmatique, vos yeux globuleux d’arrogance, votre nez de poulpe circoncis, vos joues de cafard lunatique, vos sourcils de camion frigorifique, votre cou de lunette de chiotte, vos oreilles de plaine à sauterelle, vos cheveux de rhume des foins, vos épaules de… Haaaaaa ! Je perds mon temps, tout en vous transpire l’inculture ! Inutile de persister à instruire un porc de votre espèce.
- Je…
- Silence porcidé ! La culture ne daigne pas salir son ouïe au remugle nauséabond de ton langage préhistorique, retourne cogner des silex au fond de ta grotte erreur de la nature !
Inutile d’insister, du choc de nos vérités n’aboutirait pas l’amour. Ils plièrent bagages, démontèrent la scène et reprirent la route sans se retourner. Néanmoins, j’étais sec, le projecteur avait fait effet, j’avais soif, mais j’étais sec. J’étais de nouveau seul, mais cette fois-ci, j’étais à l’air libre et plusieurs possibilités de chemins s’offraient à moi. Restait à déterminer quel serait le chemin le plus court vers un café dans ce curieux pays. Une envie de Perrier tranche commençait à me narguer. En marchant un peu, je me retrouvais à un carrefour où cinq sentiers se croisaient. Il n’y avait aucune pancarte. Soudain, au lointain sur l’embranchement le plus à gauche, j’entendis un bruit de pas.
(à suivre…)
B+

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