Mardi 3 juin 2008
Oh c’est pas que c’était mieux avant, ce n'est pas la peine de me tomber dessus pour délit de nostalgie, je suis encore capable de m’adapter à mon époque, mais déjà
tout petit je préférais le ski de fond au ski de piste, c’est une question de goût, le principe de la promenade contemplative m’a toujours plus plut que la sensation de vitesse. Aujourd’hui les
images vont vites, très vites, tellements vites que notre perception de la lenteur en est modifié. Aujourd’hui les moyens de consommer des images sont multipliés par dix par rapport à il y a 10
ans et nous en usons et abusons. Ce n’est sûrement pas bien grave, mais je me suis demandé ces derniers temps à quel point ma manière de regarder un film avait changé, au delà du support même,
puisque mes supports n’ont pas beaucoup évolués concernant le cinéma, la salle ou la vhs autrefois, la salle ou le dvd aujourd’hui. Bien sûr il y a le facteur de vieillissement, revoir
aujourd’hui une oeuvre que j’ai découverte il y a plus de dix ans provoque forcément des mouvements dans ma réception, mais bon, il faudrait que j’analyse ça vraiment plus à fond, seulement je
n’ai pas le temps alors on va se contenter comme d’habitude de mon ressenti subjectif !
Non je ne vais pas parler des vilains méchants multiplex capitalistes qui dévorent tout sur leur chemin, parce qu’à Paris même les multiplex diffusent les films en VOSTFR et ça j’avoue, j’aime bien et comme j’aime bien je consommes. Mon rapport à la cinéphilie (non, la cinéphilie n’est pas un travers sexuel illicite) à changé, je ne suis plus cet étudiant de 18 ans qui hantait les salles d’arts et d’essai en se rêvant en mai 68, occupant fièrement la cinémathèque pour soutenir feu Henri Langlois. Je n’ai jamais été un grand manifestant, même quand Roger Planchon à vendu les CNP à Lyon, en dehors de continuer à privilégier ce réseau de salles aux UGC, je n’ai pas fait grand chose. Non, je ne suis plus un jeune idéaliste adolescent amoureux du son du projecteur et de la pellicule qui craquette, pleine de poussière. Je me suis parfaitement adapté à l’ère numérique et j’avoue que maintenant que je peux voir et revoir des films dans mon salon, je vais de moins en moins les voir en salles. C’est d’ailleurs bien dommage cette flemme contemporaine, parce que la salle, c’est quand même autre chose. J’ai l’impression, mais je me trompe peut-être que la notion de cinéphilie même est tronqué. De plus en plus de gens découvre le cinéma avec le dvd et n’ont jamais jouit dans leur jeunesse d’une rétrospective Cassavetes dans une petite salle sympathique. Moi-même je me sert du dvd en séance de rattrapage, mais il y a certains films que je refuse de voir dans ces conditions et dont je guette une éventuelle ressorti en salle pour les voir vraiment tels qu’ils ont été pensés pour être vu.
Il y a quelques temps, j’ai lu le livre d’Anne Wiazemsky “Jeune fille” qui raconte sur le mode de l’autobiographie romancé sa rencontre avec Robert Bresson et le tournage de “Au hasard Balthazar”. A la fin de ma lecture, j’ai évidemment aussitôt (enfin le lendemain parce que j’ai lu le livre d’une traite jusqu’à 5 heure du mat !) inséré le film dans mon lecteur DVD, film que tout cinéphile se doit de posséder dans sa dévédéthèque entre “on se calme et on bois frais à Saint Tropez” de Max Pécas et “Transformers” de Michael Bay (non mais si je vous dit qu’il trône sur mon étagère entre “Laura” d’Otto Preminger et “Sunset Boulevard” de Billy Wilder vous allez me traiter d’intello !). “Au hasard Balthazar” à toujours été mon film préféré de Bresson, peut être la première fois où j’avais l’impression de voir la grâce se laisser filmer, un souvenir de cinéma comme il y en a peu dans une vie. Curieusement, ma première impression en re-regardant le film aujourd’hui, c’est la lenteur. Une lenteur presque désagréable. Heureusement, au bout d’un moment, la magie du film avait repris le dessus, mais j’ai été marqué par cette sensation d’être incapable d’apprécier le film parce qu’il ne correspondait pas au rythme d’image auquel je suis accoutumé depuis. J’ai le sentiment aujourd’hui d’être fasciné par les montages qui anticipent les mouvements à outrance, hérité du reportage caméra à l’épaule avec un art de l’urgence qui m’implique au présent.
J’ai lu pas mal de forum et regardé pas mal de reportages sur les réactions du public après vision d’ “Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal” et je ne comprends pas toutes ces réactions quasi haineuses envers ce film. Les uns critiquant le scénario, d’autres le comparant à “Benjamin Gates” en moins bien, ou encore le citant comme un blockbuster honnête mais fainéant, un peu mou, etc… mais enfin vous vous attendiez à quoi ? J’ai revu dans la foulée “les aventuriers de l’arche perdu” et “le temple maudit”, il va falloir qu’on m’explique en quoi le scénario est meilleur ? Il va falloir qu’on m’explique en quoi le dernier est plus mou, parce que phénomène “Au hasard Balthazar” oblige, je trouve les deux premiers aujourd'hui nettement moins nerveux que le dernier. Lucas et Spielberg ont rassemblé tous les éléments qu’on retrouve dans chaque Indiana Jones et ont volontairement agit sur l’effet madeleine qui sommeil en nous. Parce que mon souvenir de la première vision de “Les aventuriers de l’arche perdu” sera toujours plus fort et immortel que la 150 ème vision du film, parce que j’étais gamin et que mon père m’emmenait au Palais des congrès à Lyon, parce que je ne savais pas du tout ce que j’allais voir et les images de ce film telles que je les ai perçu à l’époque sont à jamais irremplaçables dans mon coeur. Je ne suis pas allé voir Indy 4 pour voir un blockbuster, je suis allé croquer dans ma madeleine et j’ai été profondément ému, merci Georges, merci Steven. En matière de réalisation d’ailleurs, Spielberg à encore beaucoup à nous apprendre soit dit en passant ! Pardon d’avoir trouvé le premier Indy lent à la revoyure…
Mais là encore il n’est pas exclu que je sois victime d’un complot gouvernemental. Il n’est pas exclu que j’ai été kidnappé et qu’on ait génétiquement modifié ma perception des images pour me rendre allergique à la lenteur ! Un frisson me parcours subitement, suis-je condamné désormais à n’apprécier que la vitesse ? Suis-je condamné à m’ennuyer en re-regardant ”Andrei Roublev” d’Andreï Tarkovski ? Suis-je condamné à voir et revoir l’oeuvre de Michael Bay et de Brett Ratner en criant au génie ? Pitié pas ça !
Je vais méditer tout ça...
B+
Non je ne vais pas parler des vilains méchants multiplex capitalistes qui dévorent tout sur leur chemin, parce qu’à Paris même les multiplex diffusent les films en VOSTFR et ça j’avoue, j’aime bien et comme j’aime bien je consommes. Mon rapport à la cinéphilie (non, la cinéphilie n’est pas un travers sexuel illicite) à changé, je ne suis plus cet étudiant de 18 ans qui hantait les salles d’arts et d’essai en se rêvant en mai 68, occupant fièrement la cinémathèque pour soutenir feu Henri Langlois. Je n’ai jamais été un grand manifestant, même quand Roger Planchon à vendu les CNP à Lyon, en dehors de continuer à privilégier ce réseau de salles aux UGC, je n’ai pas fait grand chose. Non, je ne suis plus un jeune idéaliste adolescent amoureux du son du projecteur et de la pellicule qui craquette, pleine de poussière. Je me suis parfaitement adapté à l’ère numérique et j’avoue que maintenant que je peux voir et revoir des films dans mon salon, je vais de moins en moins les voir en salles. C’est d’ailleurs bien dommage cette flemme contemporaine, parce que la salle, c’est quand même autre chose. J’ai l’impression, mais je me trompe peut-être que la notion de cinéphilie même est tronqué. De plus en plus de gens découvre le cinéma avec le dvd et n’ont jamais jouit dans leur jeunesse d’une rétrospective Cassavetes dans une petite salle sympathique. Moi-même je me sert du dvd en séance de rattrapage, mais il y a certains films que je refuse de voir dans ces conditions et dont je guette une éventuelle ressorti en salle pour les voir vraiment tels qu’ils ont été pensés pour être vu.
Il y a quelques temps, j’ai lu le livre d’Anne Wiazemsky “Jeune fille” qui raconte sur le mode de l’autobiographie romancé sa rencontre avec Robert Bresson et le tournage de “Au hasard Balthazar”. A la fin de ma lecture, j’ai évidemment aussitôt (enfin le lendemain parce que j’ai lu le livre d’une traite jusqu’à 5 heure du mat !) inséré le film dans mon lecteur DVD, film que tout cinéphile se doit de posséder dans sa dévédéthèque entre “on se calme et on bois frais à Saint Tropez” de Max Pécas et “Transformers” de Michael Bay (non mais si je vous dit qu’il trône sur mon étagère entre “Laura” d’Otto Preminger et “Sunset Boulevard” de Billy Wilder vous allez me traiter d’intello !). “Au hasard Balthazar” à toujours été mon film préféré de Bresson, peut être la première fois où j’avais l’impression de voir la grâce se laisser filmer, un souvenir de cinéma comme il y en a peu dans une vie. Curieusement, ma première impression en re-regardant le film aujourd’hui, c’est la lenteur. Une lenteur presque désagréable. Heureusement, au bout d’un moment, la magie du film avait repris le dessus, mais j’ai été marqué par cette sensation d’être incapable d’apprécier le film parce qu’il ne correspondait pas au rythme d’image auquel je suis accoutumé depuis. J’ai le sentiment aujourd’hui d’être fasciné par les montages qui anticipent les mouvements à outrance, hérité du reportage caméra à l’épaule avec un art de l’urgence qui m’implique au présent.
J’ai lu pas mal de forum et regardé pas mal de reportages sur les réactions du public après vision d’ “Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal” et je ne comprends pas toutes ces réactions quasi haineuses envers ce film. Les uns critiquant le scénario, d’autres le comparant à “Benjamin Gates” en moins bien, ou encore le citant comme un blockbuster honnête mais fainéant, un peu mou, etc… mais enfin vous vous attendiez à quoi ? J’ai revu dans la foulée “les aventuriers de l’arche perdu” et “le temple maudit”, il va falloir qu’on m’explique en quoi le scénario est meilleur ? Il va falloir qu’on m’explique en quoi le dernier est plus mou, parce que phénomène “Au hasard Balthazar” oblige, je trouve les deux premiers aujourd'hui nettement moins nerveux que le dernier. Lucas et Spielberg ont rassemblé tous les éléments qu’on retrouve dans chaque Indiana Jones et ont volontairement agit sur l’effet madeleine qui sommeil en nous. Parce que mon souvenir de la première vision de “Les aventuriers de l’arche perdu” sera toujours plus fort et immortel que la 150 ème vision du film, parce que j’étais gamin et que mon père m’emmenait au Palais des congrès à Lyon, parce que je ne savais pas du tout ce que j’allais voir et les images de ce film telles que je les ai perçu à l’époque sont à jamais irremplaçables dans mon coeur. Je ne suis pas allé voir Indy 4 pour voir un blockbuster, je suis allé croquer dans ma madeleine et j’ai été profondément ému, merci Georges, merci Steven. En matière de réalisation d’ailleurs, Spielberg à encore beaucoup à nous apprendre soit dit en passant ! Pardon d’avoir trouvé le premier Indy lent à la revoyure…
Mais là encore il n’est pas exclu que je sois victime d’un complot gouvernemental. Il n’est pas exclu que j’ai été kidnappé et qu’on ait génétiquement modifié ma perception des images pour me rendre allergique à la lenteur ! Un frisson me parcours subitement, suis-je condamné désormais à n’apprécier que la vitesse ? Suis-je condamné à m’ennuyer en re-regardant ”Andrei Roublev” d’Andreï Tarkovski ? Suis-je condamné à voir et revoir l’oeuvre de Michael Bay et de Brett Ratner en criant au génie ? Pitié pas ça !
Je vais méditer tout ça...
B+

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