Jeudi 19 novembre 2009 4 19 /11 /Nov /2009 09:14

Avant de démarrer, histoire d’être parfaitement objectif, je me dois d’admettre, en relisant mes premiers textes de chansons, que rien ne me prédestinait à devenir le nouveau Gainsbourg, d’ailleurs l’histoire l’a prouvé, je ne suis pas le nouveau Gainsbourg, même pas le nouveau Guy Béart ! Oui je sais, ça fout un sacré coup aux illusions ce fouet de réalité soudain !


A l’époque, jamais je n’aurais pensé que la chanson ferait à ce point parti de ma vie, parce qu’avant de chanter, je dessinais, je dessinais beaucoup, tout le temps, partout, mais dés que j’ai commencé à écrire plus sérieusement, vers l’âge de 19 ou 20 ans, j’ai petit à petit cessé de dessiner. Peut-être qu’écrire me permettait de mieux m’exprimer, peut-être je me suis lassé de mes propres images, peut-être j’ai perdu confiance, sans doute je n’avais pas assez travaillé mon dessin pour avoir un sentiment de liberté total avec les perspectives et la lumière, peu importe. Aujourd’hui je me sens plus à l’aise avec les mots, mais il m’arrive encore de sortir des pinceaux et de barbouiller des feuilles avec plus ou moins de bonheur.


Allez, c’est parti ! Une petite pièce dans le jukebox à remonter le temps et nous voilà quelque part le premier trimestre de l’année scolaire 1989/90 au lycée de Notre Dame de Bellegarde de Neuville sur Saône. Je suis à l’internat pour la deuxième année consécutive (l’internat n’était pas obligatoire pour suivre sa scolarité dans l’établissement, c’était un plus pour les élèves qui habitaient loin, ou pour mes parents qui pensaient qu’un cadre d’étude stricte permettrait à leur fils de mieux se concentrer sur ses études !), je suis en seconde, j’ai 16 ans et présentement, je suis dans la chambre de Thomas (pension de luxe on avait des chambres individuelles !) Il a un texte manuscrit sur ses genoux et gratte quelques accords sur sa guitare sèche. Je suis à côté de lui, je cherche un semblant de mélodie en fredonnant, le magnétophone à cassette est sur la table… Ok ? C’est bon ? J’appuie sur « rec », ça joue !


Avoir 80 ans à 16 ans

The Bellegardian’s Angels.

« Bellegarde mon amour » 1989.

Texte : Balthazar Chapuis. Musique : Thomas Louichon.

 

J’ai troqué mon blue jean contre un pantalon velours

J’ai cassé avec Karine fini les histoires d’amour

J’ai laissé mon coca contre une tasse de chicoré

Contre une bonne pipe en bois mes cigarettes sur la table laissées

Ma Vespa au garage vive la bicyclette

Non ce n’est pas l’âge ne me croyez pas bête


Refrain :

Il n’y a rien de mieux

Que d’avoir 80 ans à 16 ans

Être un petit vieux

En demeurant toujours un enfant

 

Les lunettes de soleil ça donne du genre

Moi je les préfère vieilles avec des verres transparents

Se faire pousser la barbe et la faire blanchir

Avoir l’air d’un vieil arbre plein de branche à saisir

Bas les chiottes modernes un bon pot de chambre

Fini le visage terne il faut rester tendre

 

Refrain

 

La pop music contre Georges Brassens

Compter les tiques sur mon pauvre chien

Attendre le dernier Tom Cruise vaut pas un feuilleton télé

Patauger dans la bouse de la nature rester près

Prendre très tôt la retraite laisser d’avance son école

Ça évite les jours traitres et de prendre des heures de colles

 

Refrain

 

C’est fini la zone le bitume de la cité

Moi ma couche d’ozone à la campagne elle est

Non je ne regrette pas de m’être fait virer

De Bellegarde ce jour là maintenant je vis une vie vraie

Au moins je n’ai pas d’affreux rhumatismes

Puisque comme toi j’ai 16 ans aujourd’hui !

 

Refrain

 

 

C’est goûtu non ? Je ne vais pas me moquer. Si j’avais devant moi cet adolescent de 16 ans en train de me jouer sa chanson, mon premier réflexe serait sans doute « mon pauvre petit comme tout cela est niais ! », si j’étais enseignant dans le lycée où la chose à été commise, je ramènerais l’enregistrement en salle des profs et je me gausserais grassement avec mes collègues sur les vocalise de l’élève B+ ! Mais ce serait une erreur. D’une part parce qu’il est évident que cette « œuvre » n’a jamais eu pour vocation d’entrer au panthéon de la chanson française, d’autre part parce qu’il est préférable d’encourager la création, quelle qu’elle soit (sauf si on a affaire à du contenu douteux et encore, on tenterai d’excuser la jeunesse de l’auteur et son manque de repère, etc…), quelle que soit sa qualité, plutôt que de la tuer dans l’œuf. Bon je ne suis pas un grand pédagogue, mais je crois que j’aurais saisi l’humour subtile de la chose, peut être pas à sa juste valeur, mais si je me croisais aujourd’hui à 16 ans, je dirais simplement : « c’est bien continue ».


Oui nous avons continué. « Avoir 80 ans à 16 ans » n’était d’ailleurs pas notre premier coup d’essaie. C’était un joyeux défouloir, j’écrivais l’après midi pendant les heures de permanence (ces heures entre deux cours où l’on est sensé avancer dans nos devoir, réviser, toussa toussa…) et on se retrouvait le soir pendant le temps libre avant l’étude pour enregistrer ma prose toute fraiche avec ou sans guitare, en tapant dans nos mains ou en mimant un rythme à la bouche ! La thématique était toujours la même : les profs où les surveillant, nos vies de martyres de l’éducation nationale. Notre proie favorite de l’époque était Hervé Lassablière, le surveillant général qu’on surnommait à juste titre : « le barbu » ! La chambre de Thomas était recouverte de fausses affiches de cinéma que j’avais dessiné à l’effigie de notre barbu préféré « les griffes du couloir » et ses nombreuses suite, ainsi qu’une multitude de planches de bande dessinées narrant ses aventures rocambolesque à Notre Dame de Bellegarde ! C’était mignonnement subversif à y repenser, d’autant que j’ai appris plus tard, qu’entre midi et deux le barbu faisait visiter la chambre de Thomas au directeur ou à des profs et ils se tapaient sur le ventre joyeusement devant ces caricatures ! Une fois il m’a même commandé en personne une bande dessinée sur lui !!! Alors on chantait. Sur l’air de « Hey Jude » des Beatles on chantait gaiement « hey barbu fiche moi la paix ! ». Sur l’air de « Yesterday » monsieur Jabouley le prof d’économie : « Jabouley, tes cours ratés nous font bien marrer… » Ou encore le surveillant de l’internat qui devait s’appeler monsieur Gascard, qu’on surnommait « Cassegniard » sur un air de « Gaston » de Nino Ferrer, etc…


Au bout d’un moment nous avions une cassette pleine, j’avais dessiné une pochette à notre effigie et tout le monde dans l’internat se passait sous le manteau l’album « Bellegarde mon amour » des « Bellegardians’ Angels » ! Je ne sais pas si une des poches du manteau a été troué et si le top des charts du moment a atterri sur la platine du barbu, si c’est le cas, j’aurais aimé l’entendre rire !


On avait des journées bien remplies ! Tellement remplies que mon carnet de notes dégringolait au fur et à mesure que notre œuvre s’amplifiait ! Dégringolait si bien que mes parents m’ont retiré de l’internat. Ironie du sort, ils m’avaient mis en pension pour que je me mette à travailler et ils m’en ont retiré pour que je me mette à travailler ! Mes parents sont donc les seuls responsables de la fin de la carrière des « Bellegardians’ Angels », puisse l’histoire de la musique leur pardonner un jour !


Thomas n’était pas dans ma classe et à la fin de l’année scolaire il a changé d’établissement. On s’est revu une fois, un an après à Lyon, je voulais le présenter à mes nouveaux amis, ceux avec qui j’ai poursuivi l’aventure musicale, ils étaient tout excités de rencontrer le mythe fondateur ! (Ont-ils été déçus ?) Puis plus de nouvelles. Peut-être qu’un jour il retrouvera dans son grenier une de ces affiches où le barbu, pull rayé, chapeau et gant griffu à la Freddy Krueger, réduit en charpie quelques cancres dans les couloirs de l’internat de Notre Dame de Bellegarde…


01/ Avoir 80 ans à 16 ans



Pour m’excuser de ne pas m’être livré à une analyse poussée de ces premiers vers acnéiques (notez quand même que faire rimer Tom Cruise avec bouse témoignait d’une audace certaine !) je vous offre en supplément spécial ma version 2009 de cette merveille afin que vous puissiez en apprécier la savoureuse mélodie printanière ! Et je suis certain que vous me remercierez de l’avoir amputé de la moitié de ses couplets !

 

La suite lundi 23 novembre…

 


B+

Par B+ - Publié dans : Mémoire enchantée - Communauté : L'art et la manière
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Commentaires

J'adore les choeurs sur ce morceau !!!!!!! yees !
Commentaire n°1 posté par marie le 19/11/2009 à 14h29
Bien fou, oui! Vivement le 23!
Commentaire n°2 posté par Puk le 19/11/2009 à 18h47
C'est trés bon, j ai beaucoup ri...ca rappelle pleins de souvenirs (et certainement d'actualités hein ;) )
Commentaire n°3 posté par Mdame M le 19/11/2009 à 19h34
Il y aurait moult à dire sur ce post, mais j'espère bien que d'autres se chargeront des aspects musicaux, littéraire, biographiques ;

Chargez vous en, chers amis co-lecteurs, car n'oublions pas qu'il faut régulièrement alimenter le B+ en commentaires frais et juteux, sinon, il cale -juste retour de notre ingratitude- et on ne voudrait pas qu'une nouvelle saga encore plus palpitante que la précédente s'arrête brutalement.

Plus palpitante, c'est vite dit, on n'en voit que le début du bout du nez… mais l'introduction a fait saliver tout le monde, on en attend du palpitant… palpitant car plus incarnée ?… Dis comme ça c'est chic, mais au fond, n'est-ce pas "l'effet de réel", "la proximité" qui nous tient ? Autant dire qu'on est à deux doigts du blog-réalité, du voyeurisme, l'enfance des stars, le parcours d'une vie, déjà tout petit…

BREF, je disais que je n'allais pas me mettre à commenter tout ce qu'il y aurait à commenter (oups, j'ai un peu commencé, voire carrément extrapolé), mais aller au plus émouvant (on y revient, au reality-show-tire-larme) :

Notre B+, artiste accompli aujourd'hui, a fait ses débuts grâce à son cothurne Thomas, et la vie les a brutalement séparés…. Mais alors… qu'est devenu Thomas ????

Après avoir songé à faire un Perdu de Recherche, retrouvons Thomas, mettons le derrière un rideau et filmons leurs effusions de retrouvailles avec B+…

…j'ai tout simplement fait un google…

…et on trouve un "Thomas Louichon" plausible sur la toile, … il ne mentionne pas ND de Bellegarde dans son cursus scolaire (il y a peut-être des choses qu'il faut passer sous silence), mais ça pourrait être lui…

Et si c'est lui, ce qui est amusant, c'est que c'est devenu un homme à responsabilités et conscient de la puissance du net, qui a son profil sur de renommés sites de réseaux professionnels où il cherche le contact utile et performant… mais qu'en 4ème position de mon googlage, au beau milieu de choses sérieuses, concrètes, qui constituent un beau CV, au beau milieu, et même dans les tous premiers résultats, et bien Google nous sort :

"J'ai troqué mon blue jean contre un pantalon velours. J'ai cassé avec Karine fini les histoires d'amour"…

Et si d'aventure le client/concurrent/recruteur qui cherchait des infos sur ce partenaire professionnel-potentiel a la curiosité de cliquer sur le lien, il en saura plus sur ses occupations adolescentes qu'il n'en trouvera sur son parcours pro.

Et là, je me dis, faudrait peut-être le prévenir ?

N'a-t-il pas un droit à l'oubli de sa jeunesse beatnik et débridée qui faisait rimer "école" et "heures de colles"…?

Hein ?

Maintenant, il serait bien que quelqu'un se charge du même travail sur "Hervé Lassablière…." qui a désormais la joie d'être référencé dans google comme "le barbu"… et ainsi de suite avec tous les condisciples qui ressurgiront au fil des posts..

Quoi ? il n'y a que moi pour atteindre ce degré de paranoïa ?
Commentaire n°4 posté par A- le 19/11/2009 à 20h49
Chère A-,

Pour les googlelantes préoccupations qui vous attise,
je ne sais que trop dire, si ce n'est que j'ai posé la question à un des principaux protagoniste de ma vie,
celui là même qui m'a fourni la matière à l'origine de tout ceci, et il m'a dit : "les prénoms dans le texte et les prénoms + les noms dans les crédits des chansons."

Mais bien évidemment si au fil des commentaires cela venait à choquer au delà du choquable, je m'empresserai de remplacer "Thomas Louichon" par "Thomas L".

Quand à la problématique de l'incarnation qui ne vous palpite point, sachez qu'elle est au coeur de mes préoccupations quand à l'avenir de ce récit.

Je n'ai pas réussi, pour l'instant, dans les premiers chapitres à prendre assez de recul, mais c'est bien le but à atteindre. Pour l'instant je me sens un peu piégé parce que ça me prends plus de temps que je ne l'imaginais de planter le décors. Mais c'est vrai que la chronologie est sans doute un piège, j'espère en décrocher très vite, mais j'ai peur que quelques chapitres soient encore dédiés à la présentation des "personnages", je m'en excuse si cela vous provoque quelques poussées d'urticaires.

Ceci dit c'est un espace tout neuf ou tout reste à créer et je suis naturellement ouvert aux suggestions diverses et variées.

Parce que je n'ai aucune idée de comment sortir du "moi" pour rendre cette "autobiographie" universelle pour le moment.

Cordialement,

B+
Commentaire n°5 posté par B+ le 19/11/2009 à 21h12
J'allais dire un truc intelligent, mais finalement, non.
Commentaire n°6 posté par ksournave le 20/11/2009 à 10h53
Saperlotte, je devais répondre (en 2 parties 2 sous parties) à la réponse de B+, et non seulement je ne l'ai pas fait, mais je m'aperçois qu'il y a plein de nouveau sur ce blog super actif... pas le temps pour tout ça, mais je reviendrai !!!!
Commentaire n°7 posté par A- le 27/11/2009 à 09h20
Ah que de souvenirs en lisant ces lignes .... Notre Dame de Bellegarde, l'internat, les murs, les premières expériences interdites .... que de souvenirs et que de chemins parcourus depuis ....
Commentaire n°8 posté par LOUICHON le 07/02/2010 à 16h24
ben ... et sisteron alors ??? ;)
et notre fameux tube écrit tout spécialement pour nous les babos du 04 " les montagnes de sisteron" ?? hein ?? dis balthos tu nous oublies ?? t'as pas honte ?? Allez bises quand même en attendan l'ajout ;) Magali
Commentaire n°9 posté par heyries le 19/02/2010 à 07h51
@Thomas : Oui que de temps... de la pluie, du brouillard, de la neige parfois, comme la vie est varié quand elle est longue !

@Magali : D'abord comme je te l'ai déjà dit (il me semble) j'ai perdu cette chanson et ma mémoire n'a sauvé que le premier couplet, si tu retrouve la cassette dans la carcasse de ta voiture je compte toujours sur toi pour le deuxième couplet ! Ensuite, "les compagnons de Sisteron" est une chanson qui date de 1992, vu le temps que je prends pour le remonter le temps, on n'y est pas encore !
Commentaire n°10 posté par B+ le 19/02/2010 à 10h52
Cher Balthazard,

Je relis ces lignes avec un plaisir non dissimulés et les images me reviennent sans cesses comme un mauvais air de variété.

Il te revient de me contacter via ce mail .... les évolutions m'intéressent, surtout celles qui concerne des personnes que j'ai apprécié.

A bientôt

Thomas
Commentaire n°11 posté par Thomas Louichon le 12/04/2010 à 11h00

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