J’allais m’abstenir d’écrire. J’allais vous épargner ma prose analytique approximative. Oui c’est vrai, ce matin, j’allais vous éviter une énième tentative de
critique cinématographique, estimant à juste titre que ma plume est un peu trop lourde pour ce genre d’exercice appelant à une fluidité extrême, ou à une concision toute de clarté ponctuée.
Seulement voilà, ce matin en tapant le titre du nouveau film du réalisateur qui est marié à une actrice dont je suis amoureux depuis la première fois que je l’ai vu dans un navet hollywoodien à
bandelette, en tapant le titre de ce film qui fait couler beaucoup d’encre parce que son acteur principal revient de loin et va pas tarder à se prendre un oscar dans la gueule, en tapant ce
titre sur allociné pour relever les horaires des séances, parce que oui, cette après midi j’irais voir ce film, parce que d’abord j’ai envie hein, pas parce que tout le monde en parle partout
comme du chef d’œuvre essentiel à la survie de nos pupilles mal rincés à la pellicule anorexique, en tapant donc (houla elle commence à être longue cette phrase je vais mettre un point là
tiens !). En tapant donc, disais-je, je me suis retrouvé exactement dans la salle où j’avais envie d’aller caller mon cul à la séance de 16 heure, fidèle au petit rituel cinéma que nous nous
sommes fixé avec mon ami Tim pour la semaine : tous les jours, un film, même salle (à mi chemin entre chez lui et chez moi), même heure (16 heure donc). Et là horreur ! Le film
que nous avons vu hier dans cette même salle n’est plus à l’affiche. Je tapote le nom du film et je constate qu’il ne reste plus qu’une salle sur Paris qui le joue en continu et quelques salles
qui le programme une fois ou deux dans la semaine. Là je pleure. Il est sorti il y a 15 jours, c’est un film suédois à petit budget, c’est une pure merveille, il faut se ruer dessus, parce que
d’ici une semaine, il ne sera peut-être plus visible et se serait vraiment dommage de rater ça. Oui voilà, ce matin j’écris pour vous dire ce que la presse cinématographique a déjà dit et re dit,
je vous écrit pour vous dire d’aller voir «Morse, let the right one in» de Tomas Alfredson.
«Morse» vient de recevoir le grand prix au festival de Gérardmer, mais Gérardmer ce n’est pas comme Avoriaz jadis, Gérardmer tout le monde s’en fout.«Morse»se ballade de festival en festival depuis un moment et ramasse pleins de prix, mais c’est vrai qu’on s’en cogne
tous que«Morse»ait eu le prix du meilleur film à Tribeca et à Göteborg ! C’est vrai que par exemple,
quand un film est primé au festival de Neufchâtel, ça ne me précipite pas forcément dans la salle ! Et pourtant…«Morse»est un film d’une beauté incroyable, ce n’est pas un film parfait, mais les limites que certains ont déjà relevé sont plus d’ordre budgétaire, certains effets spéciaux sont un
peu ratés, mais ce n’est qu’un détail, l’ambition du film se place bien au delà des critères propres aux films de genre. Il a eu le grand prix de Géradmer, ce qui sous entend qu’il s’agit d’un
film fantastique, ou pire (dans la série mettons les choses dans des cases) d’un film d’horreur ! Mais«Morse»est au delà des carcans de styles. Je ne trouve pas les mots pour en décrire la richesse émotionnelle et tant mieux, parce que je n’ai pas envie de gâcher l’expérience de ce
film, c’est un film qu’il faut accepter de voir nu de toute connaissances, c’est un film qu’il faut prendre dans le bide en essayant de ne pas lire les 50.000 critiques dans la presse qui
détaillent l’histoire et les personnages, même si 80 % de ces critiques sont dithyrambiques. Tout ce qu’on peut savoir à l’avance, si on ne le sait pas déjà, c’est que c’est une énième variation
sur le thème des vampires et non, ce n’est pas un film de vampire, même si la plupart des codes dictés par Bram Stocker sont présent. On peut dire aussi que les deux principaux protagonistes ont
douze ans et qu’ils sont interprétés avec une justesse tremblante, mais je n’en dirais pas plus, allez voir ce film, se serait dommage de ne pas le voir en salle, ne serait-ce que pour les images
incroyables.
J’aimerais dire à ma petite sœur de cesser toute «twilighterie» niaise sur le champ et de se précipiter pour voir ce que c’est qu’une vraie variation sur le thème des vampires, mais ma
petite sœur qui est dans sa quinzième année est tout de même un peu jeune pour«Morse»qui reste assez
violent dans son traitement et psychologiquement pas abordable pour tous les publiques. Je ne vais pas comparer «Twilight» et«Morse», l’ambition artistique étant au degré zéro dans le premier, ce serait un peu vain comme comparatif. Disons qu’en
2003, en mettant un point final à «Buffy the vampire slayer» Joss Whedon avait décliné tellement de possibles sur la mythologie vampirique comme métaphore de l’adolescence, qu’il m’est
difficile de trouver dans les suffoquements de désirs mièvres de «Twilight» une quelconque consistance humaine, mais peu importe, laissons «Twilight» récolter du dollar par
poignée dans les poches des midinettes du monde entier, à quoi bon lutter, la mode est ainsi faite.
Hors mode, hors du temps, dans une dimension que seul le cinéma dit «d’auteur» ou «d’art et essai» peut atteindre, à de rares exceptions près, mais hélas aussi très bientôt hors
salle, il y a «Morse, let the right one in» de Tomas Alfredson.«Morse», le plus beau film que j’ai vu cette année… Mais bon l’année vient tout juste de commencer !
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