Vendredi 6 février 2009
«Tu ne trouves pas qu’on s’ennui ?». Elle fumait sa cigarette du matin. «Oui, c’est vrai». Mon café refroidissait en touillant. Elle avait raison,
je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas comment, mais on s’ennuyait. L’ennui poli qui ose à peine devenir pesant, l’ennui simple qui s’installe au quotidien, rien de terrible, de l’ennui c’est
tout. «On devrait partir». Elle a commencé à faire une cascade de fringues sur valise. «Oui partons». J’ai fermé mes yeux et j’ai pointé au hasard une destination sur la carte.
Nous sommes parti.
Pas un grand voyage, juste deux cent kilomètres vers l’ouest, un hôtel en bord de mer, une chambre beige avec un lit à fleur jaune. La distance avait opéré un sourire sur ses yeux, elle chantait du bout des seins, elle était follement avec moi, osée de désir, douce et inhabituelle, aimante. Ce n’était plus la même personne. Deux jours plus tard, toujours excitée elle m’a tendu la carte et m’a bandé les yeux : «encore !».
Mon doigt nous a porté huit cent kilomètres au sud, un hôtel en centre ville. Nous sommes resté enfermés trois jours sans rien d’autre que nos chairs à dévorer. C’était bon. Elle avait perdu en tendresse ce qu’elle gagnait en vice et une pointe de violence dansait ses cheveux comme mille pinceaux frénétiques. Ma peau éclaboussée d’encre de chine réclamait le fouet de sa crinière. C’était bon. J’en perdais son prénom tellement son corps ne lui ressemblait plus. Au quatrième jour elle a ressorti la carte avec impatience, c’était devenu rituel.
Plus loin à l’est, je ne sais plus, c’était encore un hôtel, mais je n’ai conservé aucun souvenir du décorum. Je me souviens que sa tignasse brune est devenue blonde du jour au lendemain, le temps d’un baiser et elle s’est trouvée belle ainsi. Si belle qu’elle a voulu sortir et je l’ai suivi partout. Les hommes se retournaient dans la rue et elle aimait ça, elle aimait tellement qu’elle a voulu tester son attraction dans toute la ville. De belle elle s’est sentie célèbre, reconnue, adulée, unique. Quand elle a commencée a s’imaginer statufiée dans les rêves de tous ses adorateurs elle a voulu rentrer. Dans la chambre elle s’est jetée sur moi comme une ogresse.
Une semaine plus tard nous étions ailleurs. Ailleurs ses cheveux raides étaient devenus ondulés. Ailleurs elle avait perdu quinze kilos et je peinais à retrouver son prénom. A chaque nouvelle destination quelque chose la transformait. Elle devenait complètement gosse de tout ça et réclamait «demain» de plus en plus vite, si elle avait pu avoir quinze «demain» en une seule journée sa joie aurait retournée le ciel. Mais tandis qu’elle rêvait d’ailleurs et de lendemains, tandis qu’elle désirait la femme du jour d’après, je commençais à regretter la femme d’hier.
Ici, je ne sais pas où nous étions, je ne lui suffisait plus. Elle avait grandi de sept centimètres, sa poitrine était indécente et elle était rousse. D’abord un homme dragué dans le couloir de l’hôtel, puis un autre à la terrasse d’un café, puis peu importe où, la nuit ils faisaient la queue devant notre lit et elle les accueillait un par un, parfois deux par deux. Oui au début j’étais jaloux, mais à quoi bon. Il pouvait se passer n’importe quoi dans notre chambre, j’étais libre de rester, libre de participer, libre de pleurer, libre de souffrir de cette situation ; au final elle revenait toujours vers moi pour lancer le rituel de la carte. A chaque nouvelle étape j’espérais un peu d’intimité. Oui, il y a eu des moments où elle était là juste pour moi, d’autre où elle n’était là pour personne, c’était comme ça. Mais pendant qu’elle rajeunissait de transformation en transformation, moi je prenais un sacré coup de vieux.
Des semaines, des mois, des années, j’en avais perdu la notion du temps et plus le temps défilait plus l’empreinte des lettres de son prénom s’effaçait de ma mémoire. Il me restait à peine le point d’un «i» quand elle m’a tendu la carte avec insistance. Je l’ai regardé tendrement, j’ai froissé calmement la carte en boule et l’ai jetée par la fenêtre.
«Mon amour, aujourd’hui si ça ne te dérange pas, j’aimerais bien m’ennuyer un peu».
B+
Pas un grand voyage, juste deux cent kilomètres vers l’ouest, un hôtel en bord de mer, une chambre beige avec un lit à fleur jaune. La distance avait opéré un sourire sur ses yeux, elle chantait du bout des seins, elle était follement avec moi, osée de désir, douce et inhabituelle, aimante. Ce n’était plus la même personne. Deux jours plus tard, toujours excitée elle m’a tendu la carte et m’a bandé les yeux : «encore !».
Mon doigt nous a porté huit cent kilomètres au sud, un hôtel en centre ville. Nous sommes resté enfermés trois jours sans rien d’autre que nos chairs à dévorer. C’était bon. Elle avait perdu en tendresse ce qu’elle gagnait en vice et une pointe de violence dansait ses cheveux comme mille pinceaux frénétiques. Ma peau éclaboussée d’encre de chine réclamait le fouet de sa crinière. C’était bon. J’en perdais son prénom tellement son corps ne lui ressemblait plus. Au quatrième jour elle a ressorti la carte avec impatience, c’était devenu rituel.
Plus loin à l’est, je ne sais plus, c’était encore un hôtel, mais je n’ai conservé aucun souvenir du décorum. Je me souviens que sa tignasse brune est devenue blonde du jour au lendemain, le temps d’un baiser et elle s’est trouvée belle ainsi. Si belle qu’elle a voulu sortir et je l’ai suivi partout. Les hommes se retournaient dans la rue et elle aimait ça, elle aimait tellement qu’elle a voulu tester son attraction dans toute la ville. De belle elle s’est sentie célèbre, reconnue, adulée, unique. Quand elle a commencée a s’imaginer statufiée dans les rêves de tous ses adorateurs elle a voulu rentrer. Dans la chambre elle s’est jetée sur moi comme une ogresse.
Une semaine plus tard nous étions ailleurs. Ailleurs ses cheveux raides étaient devenus ondulés. Ailleurs elle avait perdu quinze kilos et je peinais à retrouver son prénom. A chaque nouvelle destination quelque chose la transformait. Elle devenait complètement gosse de tout ça et réclamait «demain» de plus en plus vite, si elle avait pu avoir quinze «demain» en une seule journée sa joie aurait retournée le ciel. Mais tandis qu’elle rêvait d’ailleurs et de lendemains, tandis qu’elle désirait la femme du jour d’après, je commençais à regretter la femme d’hier.
Ici, je ne sais pas où nous étions, je ne lui suffisait plus. Elle avait grandi de sept centimètres, sa poitrine était indécente et elle était rousse. D’abord un homme dragué dans le couloir de l’hôtel, puis un autre à la terrasse d’un café, puis peu importe où, la nuit ils faisaient la queue devant notre lit et elle les accueillait un par un, parfois deux par deux. Oui au début j’étais jaloux, mais à quoi bon. Il pouvait se passer n’importe quoi dans notre chambre, j’étais libre de rester, libre de participer, libre de pleurer, libre de souffrir de cette situation ; au final elle revenait toujours vers moi pour lancer le rituel de la carte. A chaque nouvelle étape j’espérais un peu d’intimité. Oui, il y a eu des moments où elle était là juste pour moi, d’autre où elle n’était là pour personne, c’était comme ça. Mais pendant qu’elle rajeunissait de transformation en transformation, moi je prenais un sacré coup de vieux.
Des semaines, des mois, des années, j’en avais perdu la notion du temps et plus le temps défilait plus l’empreinte des lettres de son prénom s’effaçait de ma mémoire. Il me restait à peine le point d’un «i» quand elle m’a tendu la carte avec insistance. Je l’ai regardé tendrement, j’ai froissé calmement la carte en boule et l’ai jetée par la fenêtre.
«Mon amour, aujourd’hui si ça ne te dérange pas, j’aimerais bien m’ennuyer un peu».
B+

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