Journicide.

Publié le par B+

C’est une matinée comme ça, une matinée qui a oublié de se matiner à temps et qui m’a détourné le matin vers le début d’après midi. Pourtant, depuis deux jours mes voisins ont bien essayé, à coup de marteau sur la tuyauteries et autre perceuse à la mèche mal huilée, de me faire appartenir à la France qui se lève tôt, mais non, allez comprendre, depuis deux jours, je refuse le matin niet ! Je crois, d’après ce qu’on m’en a rapporté, que j’ai bien fait. Paraîtrait qu’ils étaient louches ces matins là, très louches, limite du genre à vous faire un mauvais coup en douce, des matins pas très fréquentables à ce qu’on m’a dit. Après j’ai des amis un peu paranoïaques parfois, mais il est peu probable qu’il y ait eu délit de faciès, un matin avec une salle tronche c’est forcément un sale matin, assurément. Etant donné que je suis d’humeur assez guillerette en ce moment, ça aurait pu me faire sombrer dans le morose de croiser l’oeil mauvais d’un matin louche, alors deux matins louches de suite je l’aurais très mal vécu. Fort heureusement, j’ai esquivé ces rencontres désagréables bien à l’abris dans mes petits rêves douillets.

Oui depuis quelques jours mes rêves sont délicieux, voire même érotiques parfois, ce qui ne gâche rien. Imaginez si j’avais été interrompu dans un rêve érotique délectable par une bobine de matin au regard glauque, ça aurait flingué ma journée. Déjà que c’est pas facile de regarder le ciel et de se dire en contemplant l’ambiante grisaille que c’est un temps à faire remonter Nicolas dans les sondages, alors si par dessus ça on a un cadavre de journée à planquer, c’est pas gérable. Parce que c’est pas facile à dissimuler ce genre de macabé. C’est lourd, c’est poisseux tellement ça pisse le sang et on a encore oublié de racheter un tapis pour l’enrouler depuis le précédent flinguage. D’ailleurs, si je fais tout pour éviter de tuer mes journées en ce moment, c’est que la terre de ma cave déborde de cadavres et qu’il va falloir songer à une nouvelle planque. J’habiterais à la campagne, je pourrais assassiner des journées à tour de bras, une marre, un étang, un coin de forêt et on en parle plus, mais en plein centre de Paris, c’est pas simple de se déplacer discrètement avec une journée roulée dans un tapis sur l’épaule. D’autant que je ne conduit pas et allez faire rentrer une journée entière dans un panier de vélib’ ! Donc voilà, en esquivant proprement et simplement la face embusquée et vicieuse d’un matin louche, je m’épargne un journicide de plus.

Je sais bien qu’il existe des services qui gèrent le nettoyage, heureusement, sinon le monde ne serait qu’un tas de journées en décompositions hantées par les asticots. Mais c’est toujours pareil, il faut s’en occuper, aller chercher les formulaires, les remplir, les renvoyer avec un RIB. Je ne sais pas pourquoi, j’ai tout, il faut juste que je signe cette fichue paperasse et que je la timbre, mais je ne le fais pas. Masochisme sans doute, peut-être bien que j’aime ça après tout de me coltiner mes journées ensanglantées sur le dos. Je ne sais pas. Comme je ne sais pas, en attendant, j’esquive. Et demain, si je n’ai toujours pas fait le nécessaire administratif, j’esquiverais encore. Parce qu’en ce moment, je ne suis pas d’humeur meurtrière non, je suis d’humeur guillerette !

Allez bonne journée !


B+
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Publié dans Bavardage

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B
stoi !
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L
noob.
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