L’éternel Jacques Higelin.

Publié le par B+

J’écoute rarement la radio, je ne sais pas pourquoi, c’est comme ça, j’ai des périodes, parfois ça me prends j’ai envie, mais ce n’est pas une nécessité ponctuelle. Je dois être ce qu’on appelle communément un enfant de la télé, bien que la télé ait perdu son droit à l’image il y a plus d’un an dans mon appartement, mais bon vu ce que je me goinfre comme séries télé en tout genre, même si c’est par le biais d’autres support, ça reste de la télé. Pendant des années j’ai acheté Télérama, puis j’ai arrêté, lassé sans doute, je les empilait sans les lire, ça n’avait plus de sens. Ce week-end j’étais chez des amis dans le Jura et je me suis retrouvé nez à nez avec un Télérama, ça faisait longtemps, c’était pas désagréable, c’est un des rares journal à retranscrire les programmes radio et c’est comme ça que j’ai découvert l’existence de ce dont je vais vous parler. Vous avez vu, je cite patiemment mes sources, qu’est-ce que je suis bien éduqué ! En fait ça va me servir d’alibi, parce que j’ai un ami la semaine dernière qui m’a récité dans tous les sens et en travers sa haine profonde de France Inter, je ne voudrais pas qu’il croit que je collabore, parce que l’émission dont je vais vous parler est diffusé sur France Inter. Mais au vu du titre de mon article, vous vous doutez bien que je ne vais pas être très expansif sur la radio elle-même.

Hors donc, figurez-vous ladies & gentlemen, noobz & roxxor, amis & ennemis de France Inter, que sur les ondes de la dite radio tous les samedi à 16h05 depuis le 28 juin et tout l’été durant, Dominick Martinot-Lagarde nous fait voyager une heure en compagnie de Jacques Higelin. Oui c’est une excellente nouvelle, parce qu’une heure entière à écouter Higelin nous raconter son enfance, sa carrière, ponctué de témoignages des gens qui l’ont côtoyé, croyez-moi ça vaut le détour. Même si aujourd’hui à l’ère de Youtube et de Myspace, Higelin n’est certainement pas la valeur montante de la scène musicale française, il serait négligent de contourner tout ce qu’il a apporté à la liberté musicale aujourd’hui acquise.  Ce n’est pas à l’approche de ses soixante huit printemps que Jacquot va donner un coup de pied dans la fourmilière, mais longtemps il continuera à trimballer sa curiosité et son rire généreux sur notre paysage sonore. Il ne s ‘agit pas d’un témoignage de fin de carrière, celle qui éteindra Higelin est sans doute comme moi, beaucoup trop ému pour gâcher cette joie de vivre communicative d’un coup de faux. L’éternel tête en l’air va zig-zaguer encore longtemps sa dégaine d’elfe ébouriffé de désir, ses doigts de criquet vont chatouiller encore longtemps les pianos de l'envie, je ne l’espère pas, je le sais, c’est tout.

Pourtant entre Jacques et moi, ça avait plutôt mal commencé. Je devais avoir onze ou douze ans et mes investissements musicaux de l’époque se résumaient à une compilation du top 50 où cohabitaient Madonna et Peter Gabriel entre autre chose. Mon tube de l’année, c’était « La isla bonita » que je me passais en boucle sur mon walkman dans le bus sur le trajet de l’école. Je n’avais pas encore le goût des choses qui sortent de l’ordinaire et d’ailleurs je n’aspirais qu’à une chose : être ordinaire, avoir le même sweet que tout le monde, le même sac à la mode, le même jean, etc… Mais mes efforts de mimétisme étaient voués à l’échec, avec mes cheveux long, j’étais de toute façon juste « la tapette ». Pas sportif, pas play boy, la tapette dessinait et rêvait de normalité dans son coin à ce paradoxe près que je n’étais pas près à me couper les cheveux pour me fondre totalement dans le moule. Bien sur j’ai fini par craquer et supplié ma mère de me tailler cette tignasse féminisante mais à regret. Une fois avec le bon sweet, le bon sac, le bon jean et la bonne coupe en brosse une évidence s’imposait, ça ne me rendait pas plus heureux. Bref passons, je ferais mon autobiographie passé la soixantaine plutôt ! A cette époque je fouillais un peu dans les cassettes de mon père, j’essayais pour voir, je lui demandais conseil et il me refourguait toujours des trucs ignobles ! C’est comme ça que l’album « Caviar pour les autres » à atterri dans mon walkman pour en être éjecté six notes plus tard. Quelle horreur ! Aaaaaah ! Mais c’est naze Higelin ! Hop aux oubliettes le père Higelin, poubelle beurk ! Avec un fond d’honnêteté compatissante envers le morveux inculte que j’étais, j’admet que « Caviar… » n’est pas forcément le disque le plus évident pour découvrir Higelin.

Une ou deux années passèrent, je ne sais plus bien ce que j’écoutais à l’époque, les Beatles sans doute, nous étions en vacances avec mon père à Sault, un village dans le Lubéron avec sa compagne du moment Elisabeth et sa fille Claire. Grace à Claire, j’ai découvert Renaud (mais c’est hors sujet) et je dois à Elisabeth ma deuxième tentative Higelinesque. C’était une amoureuse d’Higelin, c’était d’ailleurs et c’est sans doute toujours une amoureuse de la chanson française, nous nous sommes recroisés bien des années plus tard lorsque moi-même je faisais des concerts. Désireuse de me faire partager sa passion pour Higelin elle m’a tendu « Alertez les bébés » que je me suis empressé d’enfouir dans mon walkman impatient envoûté par la description qu’elle m’en avait faite. J’aimais beaucoup Elisabeth, je l’aime toujours beaucoup même si ça fait bien longtemps que je ne l’ai vu, j’étais confiant. Aaaaaaaaaah ! Mais c’est inaudible ! J’étais tombé pile poile sur le morceau titre « Alertez les bébés » et ce que j’érige aujourd’hui au rang de chef d’œuvre intemporel, de model de chanson ultime et parfaite m’apparaissait à l’époque comme la pire bouillie sonore jamais vomit sur un disque ! Petit con va !

J’aurais du en rester là. Mais j’étais curieux. Quelques années plus tard je suis revenu tout seul vers le tas de cassettes de mon père au rayon « Higelin », j’ai écarté tout de suite « Champagne pour tout le monde… » dont la pochette indiquait clairement une filiation avec « Caviar pour les autres » souvenir encore tenace et pénible et j’ai inséré « Crabouif » dans mon walkman. Là, une voix d’enfant qui fait le couillon (Arthur H n’avait pas encore mué !) attise ma curiosité et dés le premier morceau « I love the Queen » je suis sous le charme, à « Tiens, j’ai dit tiens » je cris au génie, arrivé à « Je suis mort qui, qui dit mieux » je suis en larme, bouleversé et le serait à jamais à l’écoute de cette chanson magnifique et unique en son genre. Higelin n’allait plus me quitter.

Plus tard, chez mon copain Thomas à Sisteron je suis tombé sur une cassette sobrement intitulée « inédits 70 » dont je ne me suis jamais tout à fait remis. Cet enregistrement est longtemps resté un mystère pour moi car dans le commerce je ne trouvais pas les mêmes versions des « inédits 70 » que celles de la cassette. Naturellement c’était les versions de la cassette que je préférais. En fait il existe deux disques différents et je ne sais pas lequel est antérieur à l’autre : « Higelin, inédits 70 » et « Higelin, inédits 70 remasterisé » c’est la deuxième la bonne, les chansons semblent plus libres, plus aériennes. Tout ça pour dire que « Nini » troisième chanson du disque à longtemps été pour moi un modèle de chanson  exalté comme je les aimes. Jacques qui susurre « je t’aime » avec une fougue telle que j’en tremble encore. Higelin m’a donné envie de chanter. (Maintenant que vous connaissez le responsable, vous savez ou adresser vos plaintes !)

Voilà, j’ai préféré vous parler de mon amour pour Higelin à travers ces petites anecdotes plutôt que de vous vanter l’homme terriblement attachant, cet amoureux toujours sur le fil, amoureux de tout, curieux de tout, cet indescriptible animal sautillant en fait. Il y a une phrase de Jacques A Bertrand dans son essaie biographique sobrement intitulé « Higelin » qui dit : «  Quand Higelin entre dans un trois étoiles, le restaurant perd une étoile mais change de galaxie », ça résume pas mal de chose. J’espère que tout ça poussera votre curiosité à balader votre souris du côté du site de France Inter où les quatre premières émissions sont toujours disponibles à l’écoute. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas le musicien, on ne peut pas ne pas aimer l’homme. J’avais emmené à un concert d’Higelin des amis qui n’aimaient pas, ils en sont ressortis avec un sourire incroyable. Higelin sur une scène c’est indescriptible et surtout, on est sur qu’un soir sur l’autre, ce ne sera jamais pareil. J’aurais tant et tant à dire sur Higelin, mais il vaut mieux aller l’écouter raconter sa vie tendrement à la radio, c’est passionnant et passionné, c’est magique.

Hop le lien :
Jacques... Jacques Higelin.


A très vite (oui bon oui je sais mais bon !)


B+
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Publié dans Musique

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B
<br /> Oui j'imagine bien qu'un "raisonnable" à du tailler dans les bandes, mais l'essentiel finalement c'est que vous, vous ayez pu vivre ce moment complètement et nous le faire partager. Merci pour ces<br /> émissions, vraiment, j'en garde encore le souvenir ému.<br /> <br /> <br />
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D
<br /> je suis heureux d'avoir fait un heureux.. même si ce qui a été diffusé sur france Inter n'est aps exactement la série Originale, puisque "remontée" pour cause de timing par une réalisatrice<br /> "maison, qui a "coupé" plus ou moins avec bonheur dans le bazar (sans doute histoire qu'Inter puis "s'approprier" la chose, et France Inter n'a en plus diffusé que 8 épisodes.. sur les 9.....<br /> <br /> mais bon ;-)<br /> <br /> grand merci tout de même... et oui: "alertez les bébé", enregistré au chateau d'Hérouville, confine au génie...<br /> <br /> dml<br /> <br /> <br />
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M
Hé bin oui, j'ai écouté malgrès mon dégout profond de cette radio qui était si belle et qui n'est plus qu'une radio consensuelle. Bref, on s'en fout<br /> Il est vraiment chouette ce Jacques Higelin, je vais aussi essayer d'écouter les titres que tu proposes.
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B
C'est vrai, mais c'est hors sujet héhé !
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M
"parce que j’ai un ami la semaine dernière qui m’a récité dans tous les sens et en travers sa haine profonde de France Inter, je ne voudrais pas qu’il croit que je collabore"<br /> <br /> C'est moi çà ? Tu aurais pu ajouter "Mais son amour pour France Culture"... :-)
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