Pause.

Publié le par B+

Je suis en situation nostalgique avec mon foie depuis plus de dix jours. J’ai un peu de mal à m’adapter à  cette nouvelle routine qui consiste à ne plus se faire la guerre. Parce que nous avons traversé mon foie et moi des centaines de conflits depuis toute ces années, parfois très violents, mais nous nous sommes toujours pardonnés mutuellement. Le fait est, et c’est ce qui nous a toujours sauvés, que nous n’avons jamais rompu le dialogue, même dans les pires moments, après les engueulades les plus haineuses, nous avons toujours dépassé le silence en cherchant un chemin de mots au travers du conflit. Les mots étaient souvent dures, nous ne nous sommes jamais ménagés, on prenait même un malin plaisir à appuyer du doigt les plaies ouvertes, mais au delà du nombre incalculable de défauts qui nous caractérise, nous partageons cette même qualité, cette capacité à se calmer aussi vite qu’on est monté en tension. Il en va sûrement toujours ainsi dans les relations qui durent, mais j’aime à croire que notre histoire est unique. Mais aujourd’hui, inutile de se voiler la face, on a perdu un peu de la magie qui scellait notre union et nous avons cédé, sans y prendre garde, la place à l’habitude et l’habitude, comme chacun sait, stérilise toutes les émotions.

Depuis une dizaine de jours nous nous sommes imposé une trêve d’un mois minimum. Un break en sommes, une période durant laquelle nous nous autorisons des écarts. Je connais les dangers de ce genre de situation, la perte définitive, la rupture totale, l’absence, je sais que nous avons pris une décisions extrême qui pourrait nous éloigner l’un de l’autre à jamais, mais avions-nous le choix ? Je sais que c’est ridicule de s’accrocher, mais après 34 ans de vie commune, qui ne tenterais pas de lutter à la moindre lueur  ? Est-ce que j’ai envie d’y croire encore ? Je me force à croire que je pourrais y croire encore, mais je ne peux pas faire autrement. Si dans un mois il choisi de complètement refaire sa vie, est-ce que je respecterais son choix ou est-ce que j’errerais de souffrance à retenir les parades de mon désespoir ? Si la conclusion est telle, elle sera sans appel. Je le sais. Mon imagination n’aura pas le champs libre de la reconquête par le rire, mais il faudra prendre garde à ce que la désillusion ne navigue  pas mon corps sur une tempête d’amertume, car l’amertume achève tout sans pitié. Peut être nous serons obligés de cohabiter pour le reste de notre vie en tirant un trait définitif sur notre amour. La promiscuité forcera la monté lente de l’amitié et au final, ce ne sera peut être pas si mal.

De toute façon, on ne pouvait pas continuer comme ça, on allait se tuer l’un l’autre. Il faut bien avouer, que depuis plus de vingt ans, j’ai peine à le dire mais, notre relation ne tenait que sur l’alcool. Nous en étions arrivé à un stade où l’alcool était indissociable de notre rire et malgré la tristesse des lendemains  pâteux, quand nous nous reconnaissions à peine, quand la mémoire était morte dans la nuit et que le silence perdurait jusqu’à la prochaine cuite, on recommençait à boire, plus fort plus vite plus loin. Avec le temps l’alcool était devenu une arme, une arme pour endormir l’autre et servir notre égoïsme sans remords. Je croyais qu’on serait éternel, que l’ivresse nous donnait de super pouvoirs, que nous étions devenus invincibles, qu’ils ne pouvaient rien nous arriver, je croyais qu’on était heureux. Mais mon foie est tombé malade, malade d’être noyé à outrance et la réalité à frappé d’un coup sec : l’alcool ne résolvait rien, il détruisait tout.

Avec cette prise de conscience tardive nous avons fait tous les deux le deuil des cuites prolongés. Pour tout dire, nous avons fait le deuil de toute boisson alcoolisé. Ce n’est pas aussi dure que je l’imaginais, c’est même très simple en fait. Seulement ça force notre relation à évoluer autrement et nous voilà aujourd’hui contraints de marquer une longue pause. Retrouverons nous un dialogue apaisé au bout de ça ? Je l’espère, mais en toute honnêteté, ce sera dure de reprendre une relation amoureuse, trop de choses nous hanteraient au point de nous faire basculer à nouveaux dans le déraisonnable et ça, nous avons compris tous les deux que ce n’était plus envisageable. Pour l’instant je suis serein, force est d’admettre que cette cure me fait le plus grand bien et ce serait mentir de dire que je ne commence pas à draguer un peu mes autres organes. Draguer, c’est signe de bonne santé. 


B+
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Publié dans Bavardage

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N
La bouteille amie qui fait temps de bien aux ames écorchées et tant de mal à notre corps, courage l'ami, courage!
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C
L'alcool est une chose trop sérieuse pour la confier à son foie
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F
Je suis heureuse de l'apprendre avec autant de ménagements !!! "c'est bien dit" a dit le pater à qui je viens d'en faire la lecture.
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B
Ce pli, chapeau ! C'est du beau !<br /> Chapeau Chapuis ! Tout est dit !<br /> Si tu bois pas, ça se boira ! Hourra ! <br /> Blogua...blogua...
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B
sublime.<br /> J'imprime et j'encadre !
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