Moleskine, Brautigan, Gaufre & Klang in BXL.

Publié le par B+

Il n’y a rien à comprendre donc. Juste se laisser porter un peu, marcher à l’inconnu et laisser tout divaguer. C’est un luxe que l’on se permet plus aisément en étant à des kilomètres de chez soi, déjà parce que tout nous pousse à la mobilité, parce qu’on évite généralement de faire les cents pas dans l’appartement des amis qui nous accueil et puis, allez hop ! Dehors, qu’il pleuve qu’il vente, Bruxelles t’appelle, tu serais bien aimable de ne pas l’ignorer, alors tu prends ta capuche cette fois et tu vas voir comme c’est souriant malgré la pluie. La faim m’a lancé dehors, j’ai fait le tour du quartier avant de trouver le sandwich de mes rêves et j’ai mangé en marchant tranquillement. Une librairie a interrompu mon errance (oui bin à BXL les librairies, c’est si simple !), seulement pas juste une librairie, une librairie papeterie, eh oui, ça change tout. Parce que l’écrivain en herbe que je suis, était en panne de Moleskine. Un Moleskine vous savez c’est ces fameux carnets reliés cuir qu’on aime bien promener avec nous parce qu’ils sont solides et que le papier est agréable. Ou alors comme ils se décrivent eux-mêmes légèrement ronflant : « Moleskine est le carnet légendaire des artistes et des intellectuels européens de ces deux derniers siècles : de Van Gogh à Picasso, d’Ernest Hemingway (Heu… ? Européens vous disiez !) à Bruce Chatwin » Bref, mon vieux Moleskine usé était à trois pages du remplissage total, il fallait agir, parce qu’il est inimaginable de commencer à écrire quelque chose au bord d’un ravin. Il me fallait des kilomètres d’horizons de feuilles vierges. Aujourd’hui on trouve des Moleskine partout, ce qui me convient bien, je ne vais pas snober un outil de travail sous prétexte qu’il est à la mode, j’aime les Moleskine, voilà. Avant de m’enquérir de ce précieux carnet, j’ai flâné entre les étagères de livres. Au début sans trop y croire, à la recherche de rien de particulier, mais comme je suis parti de Paris en oubliant tous ce que j’envisageais de lire, il me fallait un substitut. Je savais que je cherchais quelque chose à la lettre « B » mais je ne savais plus quoi, alors j’ai feuilleté un temps quelques Balzac. Mais non, pas envie de ça finalement. Je l’ai trouvé juste en dessous : Richard Brautigan. Un nom qui m’apparaissait comme une évidence, c’était lui que je cherchais. Je ne sais plus comment ce nom est venu à moi, je crois que c’est peut-être mon histoire d’amour échoué qui me l’avait soufflée il y a quelque temps, si c’est bien elle, je lui en serais éternellement reconnaissant.

J’ai feuilleté tous les ouvrages de Brautigan avant de trouver un recueil de 62 textes courts intitulé « La vengeance de la pelouse » et en le survolant je suis tombé là : « Ses yeux étaient des tapis humides et meurtris. Comme une espèce d’étrange aspirateur, j’ai essayé de le consoler. Je récitais les sempiternelles litanies que l’on répète quand on essaie d’aider un cœur brisé, mais les mots n’y font rien. Ce qui fait la différence, c’est d’entendre une autre voix humaine. Rien de ce qu’on peut dire ne rendra jamais heureux le type qui se sent dans une merde noire parce qu’il a perdu celle qu’il aime. » Ça faisait écho. Je me suis dit que je venais de me faire un nouvel ami et depuis hier soir que je déroule ce petit livre, je vais de bonheur en bonheur. C’est drôle, je ne savais rien de Brautigan avant ce livre, mais précisément cet ouvrage, il l’a vraisemblablement écrit à 34 ans, mon âge donc, ça fait toujours un peu étrange. Bon il s’est tiré une balle dans la tête à 49 ans, ça me force à méditer avant de pousser l’identification ! Je vais en tout cas me faire un chemin de lecture dans son œuvre, car pour l’instant, le peu que j’en ai vu me parle terriblement. Moi qui n’aimais pas la littérature américaine, je vais pouvoir passer un cap ! C’est drôle là je viens de me relire et je me suis dit : « putain j’écris bien ! » Mais en fait non, je relisais l’extrait de Brautigan ! Un nouveau Moleskine, un bon livre, tout était parfait. Je suis donc parti en quête de mon Grall du jour : la gaufre de Liège avec des fraises et de la chantilly.

J’avais repéré une échoppe de gaufres avant hier, dans la parti la plus touristique de BXL, à cinq mètres du Manneken Pis. C’était celle-là que je voulais, la gaufre la plus touristique du centre, pas la peine de me narguer sur le chemin avec un ersatz de gaufre qui n’a rien à voir avec la savoureuse gaufre attrape touriste de mes rêves ! Bon mais je ne me rappelais plus qu’elle était à cinq mètre du Manneken Pis alors j’ai cherché un moment, mais pas question de me laisser tenter ailleurs, c’est celle-là que je voulais point ! Alors je l’ai vu, scintillante aux milieu des cieux, écartant les nuages de son aura divine, irradiant même la pluie sur son passage, la gaufre de Liège débordante de fraises et inondée de crème fouettée ! Alléluia ! Et l’orgasme monta en mon palais dans une explosion de plaisir inexprimable. Aucun mot ne pourra jamais décrire ce déluge de sucre, cette cascade de crème, cette avalanche fruitée glissant délectable, le long de mon corps secoué de spasmes impudiques ! Une jeune fille plantée là en me voyant, si gros avec ma gaufre immense a lâché avec son accent Belge : « Ah les hommes ! » d’un air mi amusé mi désespéré !

Maintenant, l’écrivain en herbe devait herber ! Je me suis mis en quête d’un petit bar fumeur dans les sablons et j’ai trouvé mon bonheur tout près des « Brigittines » où j’irais voir mon amie Cécile tout à l’heure. Parce qu’en début d’après midi, une idée avait surgit et il devenait urgent que j’entame sa mise en forme. Curieusement, moi qui d’habitude me sers de mon carnet que pour prendre des notes, pour dessiner des structures, délier des idées, j’ai commencé à rédiger directement le texte que j’avais en tête. Entre deux bières et cinq clopes j’ai gratouillé quatre pages avec énormément de joie, malgré la relative noirceur de ma nouvelle en cours. Je ne sais pas si c’est la distance, le célibat, la Duvel (la bière) ou la magie Bruxelloise, mais ça faisait longtemps que je n’avais pas autant écrit en une journée (oui parce qu’après le spectacle de mon amie Cécile je suis rentré vers 23 heures et j’ai continué à écrire jusqu’à 4 heures du matin, dingue !). Bon petite pause omelette au lard et je reviens !

Après cette excellente omelette préparé par Sam avec amour (là j’ai un peu honte, j’aurais pu la faire l’omelette, le pauvre Sam il a bossé toute la nuit, il est rentré à six heures et c’est lui qui s’occupe de moi !) je vais pouvoir vous parler de mon amie Cécile et de Klang sa compagnie.

Play In C pour une nuit blanche (concert participatif pour toute une nuit).
Voilà pour le titre, le sous titre et le sous texte.

Depuis plus de trois ans Cécile Guigny travaille d’arrache pied à ce projet magnifique. En partant d’une œuvre clé de la musique contemporaine « In C » de Terry Riley, pièce de 1964 considéré comme l’ancêtre de la musique répétitive elle a développé un processus interactif incroyable. L’idée est de permettre à des joueurs non musiciens de jouer l’œuvre en compagnie de véritables musiciens. Comment est-ce possible ? A l’aide, je dirais d’instruments semi virtuel. Je ne trouve pas le terme adéquat, mais l’instrument dont va jouer le public non musicien pour s’intégrer à l’ensemble ressemble à un pupitre, un pupitre sur lequel est imprimé une partition où sont représentés les 53 cellules musicales de l’œuvre (53 motif en Do qui peuvent se superposer et interagir ensemble, toutefois avec certaines règles). Une loupiote éclaire la cellule qu’on est en train de jouer et un bouton permet de naviguer d’une cellule à l’autre. Chaque pupitre produit le son d’un instrument de l’orchestre. Pardon Cécile, je ne suis pas journaliste, je sens que j’explique très mal. Mais il ne s’agit pas de simple synthétiseur que le public met en play ou pause. Devant chaque pupitre il y a un tube avec des capteurs qui permet en variant la position de sa main de haut en bas, de gérer l’amplitude du son. C’est là que ça devient passionnant, car toute la beauté de cette installation tient dans sa capacité à forcer l’écoute, à induire de jouer ensemble. Et ça marche, on sent les gens troublés, un peu gauche au début à ne pas être convaincu du son qu’ils produisent, mais au fur et à mesure des tournants de l’œuvre, tout se précise, l’union entre tous est palpable et ça devient par moment, complètement magique, quasi irréel et dans la chapelle des « Brigittines » ça prenait une dimension sacrée. J’ai aimé voir Cécile se balader de musicien en musicien, délicate et gracieuse. Comme un chef d’orchestre qui irait chuchoter les mouvements à l’oreille de ses musiciens (la pièce de Riley à été prévu à la base pour que les musiciens puissent jouer sans chef !). Voilà, c’est difficile de décrire ce moment en fait, surtout que je ne suis pas complètement objectif, mais Cécile vraiment, bravo, c’était féérique et terriblement humain en même temps et dieu sait si l’interactivité est la chose la plus difficile à mettre en place dans le spectacle vivant, alors quand non seulement ça fonctionne et que c’est beau, merci. Pour vous tenir au courant de l’activité de Klang, la structure de Cécile, vous pouvez faire un tour par ici : KLANG.

Houlalala qu’est-ce que je suis bavard ! Bon demain retour à Paris, pourvu que ça ne muselle pas ma plume… J’angoisse un peu quand même, enfin on verra bien.

Finissons sur ces vers de notre ami Dick Annegarn, tellements évidents mais nécessaires. Vous me pardonnerez cette facilité, mais croyez-moi ou pas, ça fait 20 ans que cette chanson me fait pleurer, ce n’est pas aujourd’hui que ça va changer, oui je sais, je suis très fleur bleu, mais c’est comme ça, allez à très vite.

« (…)

Cruel duel, celui qui oppose
Paris névrose et Bruxelles
L'abruti qui se dit que bientôt ce sera fini
L'ennui de l'ennui

Tu vas me revoir, mademoiselle Bruxelles
Mais je ne serai plus tel que tu m'as connu
Je serai abattu, courbattu, combattu
Mais je serai venu

Bruxelles, attends-moi, j'arrive
Bientôt je prends la dérive
Paris, je te laisse mon lit...».



Publicité

Publié dans Bavardage

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
B
Hihi
Répondre
L
se prendre une gauffre et prendre une gauffre quoi ... il faut s'les gauffrer tous ces rebondissements ....
Répondre
B
Mmmmm gaufre divine... Soupir...
Répondre
L
ça donne envie de manger des gauffres ton histoire ...
Répondre
S
balt<br /> <br /> c'était trop bien que tu viennes . j'ai envie que t'ai la bxl attitude pour les gros brols et autres bazars qui t'attende sur le retour.<br /> <br /> j'aurais bien voulu une fois passer plus de temps avec toi et ta verve entrecoupé de silence mais ça s'est fait comme ça.<br /> <br /> je te souhaites une errance remplie de moleskine en do pour les futurs voyage a venir.<br /> <br /> a+b+<br /> <br /> drive safely !
Répondre